Sketches of a Law Teacher

Written by Shauna Van Praagh

“[F]reedom is daily, prose-bound, routine remembering. Putting together, inch by inch the starry worlds.”– from “For Memory” by Adrienne Rich

Adrienne Rich’s poem, routine remembering is the daily route to bring together the starry worlds in which we find our freedom. If we substitute creativity for freedom, choreography for routine, and community for starry worlds, we find key elements of what it means to teach: words to describe what teaching demands and entails and builds. Always on the lookout for inspiration as a law professor, whether in the words of feminist poetry or elsewhere, I was struck two years ago by a contemporary dance show in which the choreographer invited the dancers themselves to create individual interpretations on stage. Each dancer presented her unique steps and gestures; together, the dancers constituted a complex community in motion – its members listening and responding to each other, while expressing themselves. Creativity, choreography and community came together as a striking representation of the ideal law learning experience, students working together with the guidance and support of their teacher, each encouraged to speak with his own words or offer her own interpretation.

I shared the image with my second year law students that year, students for whom prose-bound routine can feel divorced from starry worlds or freedom found in feminist poetry. And I continued to develop the lessons I had gleaned from the experience. What follows is a reflection written for an interdisciplinary colloquium focused on the city of Montreal. In it, I tie together the image of the dance with the interweaving of individual trajectory and collective project that characterize our lives together and the meaning and potential of law – whether in a neighbourhood or in any community of teaching and learning, doing and dreaming.

À l’automne 2012, au Théâtre Maisonneuve, Danse Danse présentait Diptych – une œuvre créée et chorégraphiée par José Navas, le fondateur et directeur artistique de la Compagnie Flak de Montréal. Connu pour l’intensité et l’émotion de ses créations originales de danse contemporaine, Navas utilise pour la première fois dans Diptych une technique surprenante pour un chorégraphe qui investit toutes ses énergies dans l’architecture du mouvement : il laisse aux danseurs et danseuses la liberté et la responsabilité de quelques séquences improvisées. Toujours architecte principal, il accepte la souplesse et la surprise ; il donne aux individus la possibilité de trouver et montrer leurs propres gestes, leurs idées, leurs façons de communiquer et de vivre ensemble.

J’ai été frappée par cette leçon pour moi comme professeure qui dirige mes étudiants et étudiantes dans l’espoir qu’ils trouvent leurs propres voie et voix, leurs propres gestes et interprétations du monde. Mais, plus encore, j’ai été frappée de découvrir qu’elle s’appliquait au droit, et à la recherche d’une meilleure compréhension du droit et des normes dans nos vies, en mettant l’emphase sur l’épanouissement organique, en répondant aux voix des participants, et en révélant une souplesse incontournable. Le droit est fondé sur notre vie collective et structure nos projets partagés. À ce titre, la recherche de modèles et de métaphores est pour le droit très importante, surtout si on veut bien comprendre et développer ses sources et ses sites.

Tout comme la danse contemporaine selon Navas, le voisinage dans les quartiers mixtes de Montréal est aussi un de ces modèles ou métaphores pour le droit. Ces quartiers de Montréal ont chacun leur musique distincte et leurs mouvements uniques. Ils ont leurs propres rythmes et leurs propres harmonies, leur propre caractère et leurs propres dissonances. On peut certainement identifier les règles de danse ou de quartier qui sont explicites, autoritaires, ancrées dans des pratiques et des politiques, dans des codes, des constitutions et des chartes. Mais on peut aussi trouver – avec un peu d’attention et de sensibilité – des coutumes implicites, des possibilités de variation créative, des espaces pour des interactions inattendues et des points de repère dynamiques. C’est la diversité sociale en action, et ce que Roderick Macdonald, ancien président de la Commission du droit du Canada, appelle « le droit du quotidien ».

On peut ainsi imaginer une promenade dans les rues du Mile End et d’Outremont avec des arrêts sur notre circuit – là où nous sommes invités à entrer. Commençons avec une visite chez « Au papier japonais » sur Fairmount. Ici nous sommes initiés au papier « washi », fait à la main au Japon et destiné aux mille et un usages imaginés par les clients eux-mêmes. Stores, invitations, abat-jours, collage, animaux, peintures : un matériau et une base, transformés dans les mains des enfants, adultes, enseignants, artistes. Faisons encore quelque pas pour arriver chez « Manu Reva » : une boutique coopérative de potiers québécois. Ici encore, un seul matériau de base, mais l’évidence de plusieurs personnalités, techniques, passions, et objectifs. Les clients sont invités à choisir les petites œuvres d’art – à donner, à garder, à s’en servir, à s’en inspirer. Si la promenade nous donne faim, rendons-nous chez « Cheskie » sur Bernard : boulangerie juive hassidique populaire chez les clients qui viennent y chercher leurs « pains hallah » pour Shabbat, mais aussi acheter biscuits et pâtisseries riches en chocolat pour n’importe quelle occasion. Ici aussi, une entreprise spécialisée mais néanmoins ouverte aux variations, goûts et désirs divers.

Allons au-delà du papier, de la poterie et de la pâtisserie, pour visiter d’autres sites d’apprentissage situés ici et là accueillant des enfants appartenant aux communautés diverses qui constituent le quartier. Arrêtons-nous au parc Outremont pour une petite séance dans le carré de sable. Voici un espace partagé, dédié à la création et au développement des outils d’interaction avec l’autre. Les petits se regardent ou s’ignorent, ils apprennent à parler en découvrant que la qualité multilingue de leur ville se reflète ici, ils trouvent des façons de communiquer alors que leurs parents ou leurs grands-parents ressentent plus vivement les différences qui les séparent. Continuons notre promenade vers la cour de l’école primaire Nouvelle-Querbes – une école alternative, marquée par l’autonomie nécessaire et soutenue, la citoyenneté dans une communauté ouverte aux projets individuels et créatifs, et une approche à l’enseignement qui insistent pour que les jeunes posent des questions, apprécient leur société dans toute sa complexité, transforment leur vie quotidienne en grande expérience de recherche et d’apprentissage.

Visitons enfin les écoles secondaires du quartier en comparant les cours d’« Éthique et culture religieuse » donnés par les professeurs, différents mais tous inspirants, dans des institutions ayant des histoires et des visions uniques. Dans chaque salle de classe de ce cours obligatoire, nous trouvons des discussions complexes, menées par des voix jeunes, curieuses et passionnées, respectueuses des identités et des croyances, non seulement de leurs propres pairs adolescents mais aussi de tous les membres de la société autour d’eux. C’est une conversation qui continue au-delà des murs d’école, entre individus, familles et communautés d’une part, et institutions, écoles et décideurs politiques de l’autre.

Voici donc une promenade qui sera chaque fois modifiée, ponctuée par d’autres arrêts, demain ou la semaine prochaine. C’est particulier à ce quartier mais la dynamique est la même partout à Montréal : un mélange d’histoires, d’expériences, de produits et de personnes. De la perspective du droit et de la diversité sociale, ces arrêts sont des sites qui inspirent les modes de gouvernance, l’articulation des politiques, la rédaction des règles et l’interprétation des normes. Nous trouvons dans nos quartiers de Montréal, parfois la confrontation et les conflits, parfois la collaboration et la créativité, mais surtout la coexistence et la construction. Les voisines et les voisins sont finalement comme les danseurs et les danseuses : prêts à suivre les lignes directrices de la chorégraphie, capables d’offrir des contributions importantes et originales à la création de l’œuvre, et beaux à regarder dans leurs propres interprétations et gestes. Ce qu’ils construisent constitue notre quotidien et aussi nos rêves – précisément les ingrédients du droit, enseignés et appris jour après jour.

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