Lettre sur le succès

Écrit par Mireille Fournier

Cette lettre a été écrite rapidement. Je vous présente mes excuses mais je n’ai pas le temps d’écrire. Un peu pressée, je m’interroge sur le succès. C’est un mot qui a fait bien du chemin ici à la Faculté. D’où vient donc le succès? Où va-t-il? Pourquoi le poursuivons-nous et à quoi nous mène-t-il?

Succès vient du latin succedere qui veut dire « suivre » – de la même famille que « succession ». Il ne s’agit pas de dire que le succès mène à la poursuite jusqu’à ce que mort s’ensuive, seulement qu’il suit la même logique linéaire du temps. Le succès suit une ligne droite, il va droit devant si on veut, et nous entraine à sa suite.

Le succès suit ou emprunte un chemin, une carrière – du latin carraria, route ou chemin. À l’école de Droit, on prend les « cheminements » et les « parcours » au sérieux. Non sans détours, non sans arrêts de passage, mais sans s’attarder trop longtemps, le succès avance. « C’est important de continuer à avancer dans la vie ». Lorsque nous disons « avoir du succès », nous disons essentiellement que nous avançons.

Poursuivre le succès, c’est aller quelque part. Sans doute sommes- nous libres de définir là où nous nous rendons, mais sommes-nous vraiment libres d’aller? Nous décidons où nous allons, et le succès, c’est d’y parvenir. Ainsi, poursuivant le succès, nous sommes toujours un peu de passage. Que fait-on, que dit-on lorsqu’on est de passage? Moi, je dis: « j’aimerais bien m’arrêter pour discuter, mais je suis pressée, je vais quelque part », ou encore « je ne resterai pas longtemps, je dois partir bientôt ».

Ce sont ces phrases dites en passant, qui parfois nous arrêtent et quelques fois nous dérangent.

Évidemment, ceci n’est qu’une suggestion. Je n’ai pas vraiment pris le temps d’y réfléchir (qui a le temps pour ça?), mais il me semble que la poursuite du succès nous amène souvent à dire « je n’ai pas le temps ». Pas le temps pour quoi? Pour qui? À qui disons-nous le plus souvent que nous sommes trop pressées, que nous n’avons pas beaucoup de temps, que nous devons partir? Est-ce que cette poursuite nous amène vraiment là où nous voulons (là où nous devons) être?

D’autres questions, au lieu de « où vais-je? », « où ai-je envie d’aller? », pourraient être par exemple « où suis-je? », « que fais-je? », mais surtout « avec qui? ». Malheureusement, je ne peux pas répondre ici, je n’en ai pas le temps. Il faut que j’y aille, mon succès m’attend.

Bien à vous,

Mireille

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