What Your Neighbour Said the Other Day…

Écrit par Mireille Fournier, étudiante en droit à McGill.

Cet éditorial est inspiré du commentaire suivant, entendu dans un cours de droit privé : « Les femmes gagnent moins d’argent que les hommes, c’est une réalité économique. Ce serait une injustice de leur donner le revenu moyen tous genres confondus, parce que cela les mettrait en meilleure position que ce à quoi elles auraient pu aspirer avant l’accident. L’économie est une science qui ne fait que décrire la réalité, au fond, c’est juste. »

Je ne connais rien de l’économie. Ni du droit d’ailleurs. Je suis étudiante ici et ce texte s’appuie sur des observations personnelles sur ce que nous faisons en école de droit, qui justifierait de répondre lorsqu’on pense avoir entendu un commentaire sexiste ou autrement discriminatoire dans un cours de droit. Mon but ici n’est pas d’expliquer pourquoi le commentaire ci-haut est discriminatoire, je vous réfère pour cela, à un de vos vieux course-pack de droit privé. Ici, je me contenterai d’argumenter que lorsqu’on ressent ce drôle d’inconfort à l’écoute de l’un de nos collègues, il faut y remédier, et qu’il n’en est pas que de notre conscience personnelle.

Soyons honnêtes, nous avons choisi le droit parce qu’il change quelque chose dans le monde. C’est aussi simple que ça. Le droit a ce que les arts libéraux lui envient : il change quelque chose. En cela, il n’est pas une science, et il ne décrit certainement pas la réalité. Enfin, permettez-moi de vous rappeler l’évidence même, mais ce qui provoque ce changement, c’est ce que le juge a écrit, ce que le juge a emprunté au bouquin d’un prof que vous connaissez, ce que le législateur a dit. Vous m’avez compris, ce qui change quelque chose, ce sont les mots des juristes.

Ce que nous faisons, tous les jours en école de droit, c’est nous gaver de mots que d’autres juristes ont prononcés ou écrits. Voyez que je n’exagère pas. Nous relisons à l’infini des sections de la loi de 1867 ou de la Charte, nous apprenons par cœur des paragraphes aux tournures alambiquées des vieux lords britanniques, nous allons jusqu’à compiler au fil des ans des résumés étrangement exhaustifs qui couvrent absolument tout ce que le prof a pu dire et oublier de dire pendant une année entière. Nous sommes des juristes parce que nous sommes dans ce bain de mots « si important. »

Vous me pardonnerez cependant de travestir la question de Lord Reid (dont nous avons déjà abusé) : who then in law [school] is my neighbour? Et la réponse : nous ne savons pas. Notre « voisin en droit » peut être n’importe qui. Il peut, dans deux ans, être clerc pour un juge de la cour suprême, celui-là même dont vous buvez les paroles par peur d’échouer le quiz du prof. Kong, dans vingt ans peut être partenaire, dans vingt-cinq ans, premier ministre. Nous ne savons pas qui sont ceux dont les mots seront « bus » par nos semblables dans quelques années. Voilà autant de raisons de leur répondre tout de suite, pendant que vous pouvez…

L’obligation de répondre n’en est pas qu’une de la conscience individuelle. Elle est d’une nature collective qui découle de ce que nous faisons et de qui nous sommes. Et pour ceux et celles qui se demanderaient toujours pourquoi répondre? et bien, je me contenterai de reprendre l’indestructible argument de Lord Sankey dans le Persons case (para 65) : the obvious answer is why [the hell] not? 

Bien à vous,

Mireille

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